Reprise d'entreprise : étapes, du repérage à la signature

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Reprendre une entreprise pas à pas : trouver une cible, fonds ou titres, audit, prix, lettre d'intention, garantie d'actif et de passif, financement, droits d'enregistrement et information des salariés.

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En bref

Reprendre une entreprise, c'est racheter soit son fonds de commerce (clientèle, nom, droit au bail, matériel), soit les titres de la société qui l'exploite. Avec le fonds, les dettes du vendeur restent en principe à sa charge ; avec les titres, la société garde tout son passif, d'où la garantie d'actif et de passif. Dans les deux cas, les contrats de travail passent au repreneur (code du travail, L. 1224-1), avec les dettes salariales du jour de la vente (L. 1224-2). Les annonces se trouvent sur Transentreprise, plateforme des CCI et des CMA, et sur la Bourse de la Transmission de Bpifrance. Ensuite : audit, prix fondé sur ce que l'affaire rapporte, lettre d'intention, financement (apport, p

Le document en ligne

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La réponse courte

Racheter une entreprise, c'est acheter soit son fonds de commerce (clientèle, nom, droit au bail, matériel), soit les titres de la société qui l'exploite (parts ou actions). Avec le fonds, vous ne reprenez en principe pas les dettes du vendeur ; avec les titres, la société continue avec tout son passif, et une garantie d'actif et de passif vous protège des mauvaises surprises (Bpifrance Création). Dans les deux cas, les contrats de travail passent au repreneur (code du travail, article L. 1224-1).

Pour un fonds, les droits d'enregistrement sont de 0 % jusqu'à 23 000 €, 3 % jusqu'à 200 000 € et 5 % au-delà. Pour une vente conclue après le 27 juillet 2026, dans une entreprise de moins de 50 salariés, le vendeur informe ses salariés au plus tard un mois avant la vente (code de commerce, L. 141-23 et L. 23-10-1).

1Repérerbourses, réseaux, bouche-à-oreille
2Auditercomptes, bail, contrats, social, litiges
3Évaluerce que l'affaire rapporte
4Lettre d'intentionprix, conditions, calendrier
5Financerapport, banque, prêt d'honneur, vendeur
6Signeracte, droits, publicité, salariés

1. Trouver une entreprise à reprendre : bourses officielles et réseau

Deux portes d'entrée publiques :

  • Transentreprise (transentreprise.com) : les offres de cession publiées par les CCI, les CMA et leurs partenaires, du commerce à l'artisanat, du BTP à l'hôtellerie-restauration, avec des locaux à vendre ou à louer. On y crée un compte repreneur et on peut y contacter un conseiller de la CCI ou de la CMA.
  • La Bourse de la Transmission de Bpifrance : plus de 80 000 annonces d'entreprises, de commerces, de franchises et de locaux professionnels, publiées par des partenaires dont Transentreprise (CMA France et CCI France), avec une alerte par courriel sur vos critères (Bpifrance Création, 17 juillet 2026).

Une annonce ressemble à une photo d'agence immobilière : elle est toujours prise un jour de soleil. Lisez-la comme une invitation à poser des questions, pas comme un état des lieux.

Les meilleures affaires ne sont pas toujours en ligne. Un artisan qui approche de la retraite en parle d'abord à son comptable, à son banquier, à ses fournisseurs, à sa chambre consulaire. Dites autour de vous ce que vous cherchez : métier, secteur, budget, date. Un projet de reprise écrit sur une page circule mieux qu'une envie. Notre guide Faire son business plan : le plan type et la trame vous aide à le poser.

2. Fonds de commerce ou titres : ce que vous rachetez vraiment

C'est la première question, et souvent le vendeur y a déjà répondu pour des raisons fiscales (Bpifrance Création). Les petits commerces se cèdent en général par la vente du fonds ; les sociétés plus importantes, par la vente des titres. Les conséquences pour vous sont très différentes.

PointRachat du fondsRachat des titres (parts ou actions)
Ce que vous achetezClientèle, nom commercial, enseigne, droit au bail, matériel, parfois le stockLa société entière, avec tout son actif et tout son passif
Dettes du vendeurRestent en principe au vendeurRestent dans la société, même celles qu'on ne connaît pas encore (redressement fiscal, Urssaf, litige)
Contrats clients et fournisseursÀ renégocier ou à transférer un par unContinuent, sauf clause permettant au cocontractant de partir en cas de changement de contrôle
SalariésRepris avec leur ancienneté (L. 1224-1)Restent salariés de la société
Bail commercialCédé avec le fonds ; une clause l'interdisant est réputée non écrite (L. 145-16)Reste au nom de la société, sans cession
StructureVous choisissez la vôtre : entreprise individuelle, SARL, SASVous prenez la suite de la société existante
ProtectionPublicité légale, délai d'opposition des créanciers, séquestre du prixGarantie d'actif et de passif, à négocier
Droits d'enregistrement0 %, 3 % ou 5 % selon la tranche (partie 8)3 % après abattement pour des parts, 0,1 % pour des actions

D'après Bpifrance Création (« Reprendre un fonds de commerce ou des titres de société, quelles conséquences ? »), le code de commerce et le code du travail.

Pour le choix de la structure qui achètera le fonds, voyez notre guide SASU ou EURL : comparer pour choisir sa société à un seul associé. Vous reprenez à plusieurs ? Écrivez vos règles du jeu avant de signer : Pacte d'associés : clauses, limites et modèle à remplir.

3. L'audit : regarder sous le capot avant de signer

L'audit vérifie ce que dit le vendeur, pièce par pièce. Pour un rachat de titres, il doit être plus poussé : tout ce que la société doit, vous le devrez (Bpifrance Création). Cinq chantiers, détaillés dans la check-list en fin de guide.

  • Les comptes. Trois derniers bilans et comptes de résultat, la situation depuis la dernière clôture, les dettes, le stock réel. La loi vous aide pour un fonds : le jour de la vente, vendeur et acheteur visent un document des chiffres d'affaires mensuels depuis la dernière clôture, et pendant trois ans le vendeur doit vous montrer, sur demande, les livres de comptabilité des trois exercices précédant la vente ; toute clause contraire est réputée non écrite (code de commerce, L. 141-2).
  • Le bail commercial. Durée restante, loyer et révision, activités autorisées, clause de cession, travaux à la charge de qui. Voir Bail commercial : 3-6-9, dérogatoire, précaire et check-list avant de signer.
  • Les contrats. Fournisseurs, clients importants, crédit-bail, location de matériel, licences, franchise, autorisations administratives. Cherchez les clauses de changement de contrôle et les engagements d'exclusivité.
  • Le social. Contrats de travail, ancienneté, salaires, congés payés acquis, heures supplémentaires, primes promises, contentieux prud'homaux. Ces dettes vous suivent, même en rachat de fonds (encadré ci-dessous).
  • Les litiges et le fiscal. Procès en cours, mises en demeure, contrôles fiscaux ou Urssaf, garanties données aux clients, conformité des locaux.

Le cédant connaît chaque client par son prénom et le contenu de chaque tiroir. Vous, pas encore. D'où l'intérêt de faire relire les comptes par votre expert-comptable et les contrats par un avocat ou un notaire.

Le détail qui change tout

« Je rachète le fonds, donc pas les dettes. » Vrai pour les fournisseurs, faux pour les salariés. Le nouvel employeur est tenu des obligations de l'ancien envers les salariés repris, telles qu'elles existent le jour de la vente : salaires en retard, congés payés acquis, primes dues (code du travail, article L. 1224-2). L'ancien employeur doit ensuite vous rembourser ce que vous avez payé à sa place, sauf si la convention de cession en a tenu compte.

Faites donc chiffrer ces dettes à la date de la vente, et écrivez dans l'acte soit une baisse du prix d'autant, soit l'engagement du vendeur de les régler. Sinon, vous risquez de payer deux fois : dans le prix, puis au salarié. Seules exceptions prévues par le texte : la reprise dans une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire, et le changement d'employeur sans convention entre les deux.

4. Le prix : ce que l'entreprise rapporte, pas ce qu'elle a coûté

Aucune formule officielle ne donne la valeur d'une entreprise. Les professionnels croisent trois regards.

  • Ce qu'elle rapporte. Le bénéfice des dernières années, corrigé de ce qui ne se reproduira pas : le salaire que le patron ne se versait pas, un loyer d'ami, une grosse commande unique. C'est le regard le plus utile au repreneur.
  • Ce qu'elle possède. Matériel, stock, trésorerie, moins les dettes. Il fixe souvent un plancher.
  • Ce que valent des affaires comparables. Certains métiers ont des barèmes d'usage, exprimés en part du chiffre d'affaires. Utiles pour situer une fourchette, trompeurs s'ils sont appliqués seuls.

La seule question qui compte pour vous : avec ce prix, l'entreprise peut-elle rembourser les emprunts de la reprise, vous verser de quoi vivre et garder une réserve ? Si la réponse est non, le prix est trop haut, quels que soient les barèmes. Pour faire ce calcul, voir Capacité d'autofinancement (CAF) : définition, calcul et exemple et Calculer son seuil de rentabilité.

Ne comptez pas sur le vendeur pour vous dire que son prix est élevé : le devoir d'information entre les parties ne porte pas sur l'estimation de la valeur (code civil, article 1112-1). Il doit en revanche vous dire ce qu'il sait et qui est déterminant pour votre décision, comme un client majeur qui part.

5. La lettre d'intention : poser l'accord sans acheter trop tôt

Audit engagé, prix discuté : la lettre d'intention fixe les grandes lignes (ce qui est repris, prix et paiement, conditions, calendrier, exclusivité). Bpifrance Création conseille d'y inscrire dès ce stade un éventuel crédit vendeur.

Ce qu'elle engage. Les négociations sont libres, et leur rupture aussi, à condition de rester de bonne foi ; en cas de faute, la réparation ne couvre ni les gains espérés du contrat non conclu, ni la perte de chance de les obtenir (code civil, article 1112). Les informations confidentielles reçues pendant les discussions ne peuvent pas être utilisées ni divulguées sans autorisation (article 1112-2).

Attention à la lettre trop complète

La promesse de vente vaut vente lorsqu'il y a consentement réciproque des deux parties sur la chose et sur le prix (code civil, article 1589). Une lettre qui désigne précisément ce qui est vendu, fixe le prix et est acceptée sans réserve peut donc être lue comme une vente. Écrivez clairement qu'elle n'engage pas à conclure, sauf pour les clauses d'exclusivité et de confidentialité, et listez les conditions à remplir avant l'acte : financement obtenu, audit satisfaisant, accord du bailleur si le bail l'exige. Faites-la relire avant de la signer.

Une bonne lettre d'intention tient sur deux pages. Au-delà, elle commence à se prendre pour un contrat. Le modèle est plus bas.

6. La garantie d'actif et de passif protège l'acheteur de titres

En rachetant des titres, vous héritez de tout ce que la société a fait avant vous. La garantie d'actif et de passif, souvent appelée GAP, est la clause par laquelle le vendeur s'engage à vous indemniser si apparaît après la vente une dette dont la cause est antérieure, ou si un élément d'actif inscrit au bilan perd de sa valeur (Bpifrance Création). Elle n'est imposée par aucun texte : tout se négocie.

  • Ce qu'elle couvre : dettes fiscales, sociales, litiges, stock surévalué, créances clients irrécouvrables.
  • Combien de temps : une durée fixée au contrat, à confronter aux délais pendant lesquels l'administration et les créanciers peuvent encore réclamer.
  • Jusqu'à combien : un plafond, et souvent une franchise en dessous de laquelle rien n'est dû.
  • Avec quelle sûreté : une garantie bancaire ou une partie du prix gardée sous séquestre, sinon la promesse dépend de la solvabilité du vendeur le jour où vous en aurez besoin.

Avec un crédit vendeur, prévoyez dans l'acte comment une indemnité due au titre de la garantie s'impute sur ce que vous lui devez encore (Bpifrance Création).

Exemple fictif : Lazare, imprimeur à Fréjus

Lazare rachète 100 % des parts d'une SARL d'imprimerie. Sa garantie d'actif et de passif couvre trois ans, avec un plafond égal à 30 % du prix et une franchise de 2 000 €. Huit mois après, l'Urssaf réclame un rappel de cotisations sur l'année précédant la vente. La cause est antérieure : Lazare le signale au vendeur dans le délai prévu par la clause, et l'indemnité est imputée sur le crédit vendeur restant dû. Les chiffres de cet exemple sont des choix de négociation, pas des règles.

7. Financer la reprise : apport, banque, prêt d'honneur, crédit vendeur

Un plan de financement de reprise empile en général quatre étages.

  • Votre apport. Épargne, aide de proches, prêts d'honneur. C'est lui qui convainc la banque. Pour élargir le cercle, voir Love money, business angels, crowdfunding.
  • Le prêt bancaire. La banque regarde d'abord votre apport et la capacité de l'affaire à rembourser ; durée et montant se négocient dossier par dossier. La banque prend des garanties : nantissement du fonds ou des titres, caution personnelle. Bpifrance peut partager une partie de son risque : demandez-le à votre banquier.
  • Le prêt d'honneur. Un prêt personnel à taux zéro, sans garantie, accordé par un réseau d'accompagnement. Le prêt d'honneur Création-Reprise de Bpifrance, de 1 000 à 80 000 €, s'ajoute à celui d'Initiative France ou de Réseau Entreprendre, dans la limite de 50 % du total des prêts d'honneur pour une reprise. Il suppose d'être actionnaire de l'entreprise, pas seulement son dirigeant (Bpifrance Création, août 2026). Tout le détail : Prêt d'honneur : montants, effet de levier, dossier et comité.
  • Le crédit vendeur. Le vendeur accepte d'être payé d'une partie du prix plus tard. Il porte généralement sur 30 à 50 % du prix, sur 1 à 3 ans, à un taux négocié ; ces fourchettes ne sont pas des règles (Bpifrance Création, septembre 2026). Pour la banque, c'est un signal : le vendeur croit en son repreneur. Si une banque se porte caution du crédit vendeur, Bpifrance peut garantir cette banque à hauteur de 60 % (même source). Pour un fonds, le vendeur peut aussi se garantir par son privilège, à condition que l'acte soit authentique ou enregistré et fixe des prix distincts pour les éléments incorporels, le matériel et les marchandises (code de commerce, L. 141-5). Inscrit au greffe dans les trente jours de l'acte, ce privilège prime les inscriptions prises dans le même délai du chef de l'acquéreur (L. 141-6).

Attention au cumul : les premières années, vous remboursez à la fois la banque et le vendeur. Testez un scénario où le chiffre d'affaires baisse ou un gros client part (Bpifrance Création).

Exemple fictif : Loïc, boulanger, reprend un fonds à Saint-Raphaël

Prix du fonds : 150 000 €. Avec les droits d'enregistrement, les honoraires et une trésorerie de départ, Loïc chiffre son besoin à 170 000 €. Il le finance ainsi : 15 000 € d'épargne, 25 000 € de prêts d'honneur (dont au plus 12 500 € du prêt Création-Reprise de Bpifrance), 100 000 € de prêt bancaire sur 7 ans et 30 000 € de crédit vendeur sur 3 ans, soit 20 % du prix. Total : 170 000 €. Montage indicatif : chaque financeur décide sur dossier.

8. Signature et formalités : droits, publicité, séquestre

Rachat d'un fonds : le barème des droits d'enregistrement

L'acte de cession est enregistré au service de la publicité foncière et de l'enregistrement : sans attendre pour un acte sous signature privée, dans le mois pour un acte notarié (Service Public Entreprendre). Les droits sont calculés sur le prix de l'achalandage, du droit au bail et du matériel (CGI, article 719, auquel s'ajoutent les taxes des articles 1584 ou 1595 bis, et 1595).

Fraction du prixTaux total
Jusqu'à 23 000 €0 %
De 23 000 € à 200 000 €3 %
Au-delà de 200 000 €5 %

Minimum de perception : 25 € (CGI, article 674). Les marchandises neuves vendues avec le fonds sont exonérées lorsqu'elles sont soumises à la TVA (article 723). Sauf clause contraire, les droits sont à la charge de l'acheteur (article 1712). Pour Loïc : (150 000 - 23 000) × 3 % = 3 810 €.

Un abattement de 500 000 € s'applique quand l'affaire est vendue à un salarié ou à un proche (CGI, article 732 ter). Les conditions sont détaillées en partie 11.

Rachat de titres : renvoi

Pour des parts de SARL ou de société civile, le droit est de 3 % après un abattement réparti sur l'ensemble des parts, 5 % pour une société à prépondérance immobilière, 0,1 % pour des actions de SAS non cotée. L'agrément, l'acte, les délais et un modèle sont dans notre guide Cession de parts sociales : SARL, SCI, formalités et modèle d'acte.

Rachat d'un fonds : publier, puis attendre avant de payer

  • Dans les quinze jours de la vente, l'acheteur la fait publier dans un support d'annonces légales du département et au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc) (code de commerce, L. 141-12). Un acte sous signature privée doit avoir été enregistré avant (L. 141-13).
  • Dans les dix jours suivant la dernière publication, tout créancier du vendeur peut faire opposition au paiement du prix (L. 141-14).
  • Ne payez pas le vendeur directement avant. L'acheteur qui paie sans avoir fait les publications, ou avant la fin des dix jours, n'est pas libéré à l'égard des tiers (L. 141-17) : un créancier pourrait vous faire payer une seconde fois. En pratique, le prix est confié à un séquestre (avocat ou notaire), qui répartit les sommes entre les créanciers s'il y a des oppositions (Service Public Entreprendre).
  • Le fisc aussi peut se retourner vers vous. L'acheteur d'un fonds peut être tenu, avec le vendeur et dans la limite du prix, de l'impôt sur les bénéfices du vendeur pour l'année de la cession, parfois aussi pour l'année d'avant. Le fisc a 90 jours à compter de la déclaration de cession du vendeur, ramenés à 30 jours si le vendeur a fait ses déclarations à temps et est à jour de ses obligations fiscales (CGI, article 1684). Raison de plus pour laisser le prix au séquestre le temps nécessaire.

Le bail et la garantie du cédant. Beaucoup de baux font du vendeur le garant des loyers de son successeur. Le bailleur doit alors l'informer de tout impayé dans le mois, et ne peut invoquer cette garantie que pendant trois ans à compter de la cession (code de commerce, L. 145-16-1 et L. 145-16-2). Le jour où vous revendrez, la même clause jouera contre vous : lisez-la dès l'audit.

Le droit de préemption de la commune. Si le fonds est situé dans un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité, le vendeur fait une déclaration préalable à la mairie, et le maire dispose de deux mois pour exercer le droit de préemption de la commune (Service Public Entreprendre). Renseignez-vous en mairie avant de fixer votre calendrier.

9. Les salariés : les informer un mois avant, puis les reprendre

L'information préalable. Dans les entreprises qui n'ont pas l'obligation d'avoir un comité social et économique (CSE) doté des attributions économiques, c'est-à-dire en pratique celles de moins de 50 salariés (code du travail, L. 2312-1), le propriétaire qui veut vendre son fonds informe les salariés au plus tard un mois avant la vente, pour qu'ils puissent présenter une offre (code de commerce, L. 141-23). Même règle pour la vente de plus de 50 % des parts d'une SARL ou de la majorité du capital d'une société par actions (L. 23-10-1).

  • Pour les ventes conclues après le 27 juillet 2026, le délai est d'un mois au lieu de deux, et les entreprises de 50 salariés ou plus dotées d'un CSE informent et consultent leur CSE au lieu d'informer chaque salarié (loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, article 22 ; Service Public Entreprendre, 23 juillet 2026). Si le CSE manque alors qu'il était obligatoire (carence constatée), la règle du mois s'applique (L. 141-28 et L. 23-10-7).
  • Par tout moyen qui donne une date certaine, par exemple la lettre recommandée avec avis de réception : la date retenue est celle de la première présentation (L. 141-25 et L. 23-10-3). Les salariés sont tenus à la discrétion.
  • La vente peut avoir lieu plus tôt si chaque salarié a fait savoir qu'il ne présentera pas d'offre. Elle doit en revanche intervenir dans les deux ans qui suivent ce délai ; au-delà, il faut informer de nouveau (L. 141-26 et L. 23-10-5).
  • Sanction : lorsqu'une action en responsabilité est engagée, le juge peut, à la demande du ministère public, prononcer une amende civile d'au plus 0,5 % du montant de la vente (L. 141-23 et L. 23-10-1). Avant la réforme, ce plafond était de 2 % (Service Public Entreprendre).
  • Pas d'information en cas de vente au conjoint, à un ascendant ou à un descendant, pour une entreprise en conciliation, sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire, ni si la vente a déjà fait l'objet d'une information des salariés dans les douze mois précédents, au titre de l'article 18 de la loi du 31 juillet 2014 (L. 141-27 et L. 23-10-6).

L'obligation pèse sur le vendeur, mais c'est votre calendrier qui glisse si elle est oubliée. Demandez la preuve de l'information des salariés avant de fixer la date de signature.

La reprise des contrats. Tous les contrats de travail en cours le jour de la vente continuent avec le nouvel employeur (code du travail, L. 1224-1), avec l'ancienneté et les avantages acquis. Rencontrez l'équipe tôt : c'est elle qui fait tourner l'affaire le premier lundi.

10. Faire accompagner la transition par le cédant

Clients et fournisseurs connaissent l'ancien patron. Quelques semaines de passage de relais valent souvent mieux qu'une remise sur le prix. Écrivez-le dans l'acte ou dans une convention à part : durée, jours de présence, tâches (présentation aux clients et fournisseurs, transmission des savoir-faire, des recettes, des fichiers), rémunération ou non. Ajoutez un engagement de non-concurrence limité dans le temps et dans l'espace : voir Clause de non-concurrence : conditions de validité, contrepartie et clauses types.

11. Reprise par un salarié : un parcours avec ses atouts

Le salarié qui reprend connaît le métier, les clients et l'équipe. La loi lui donne une fenêtre (l'information un mois avant la vente, partie 9) et un avantage fiscal : un abattement de 500 000 € pour le calcul des droits d'enregistrement (CGI, article 732 ter). Il vaut pour un fonds, une clientèle, ou des parts ou actions (sur la fraction de leur valeur qui représente le fonds), cédés en pleine propriété, si toutes ces conditions sont réunies :

  • l'entreprise a une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale, pas la gestion de son propre patrimoine ;
  • l'acheteur est en CDI depuis au moins deux ans et à temps plein, ou en contrat d'apprentissage en cours, dans l'entreprise vendue ; ou il est un proche du vendeur (conjoint, partenaire de Pacs, ascendant, descendant, frère ou sœur) ;
  • si le vendeur avait lui-même acheté l'affaire, il la détient depuis plus de deux ans ;
  • pendant cinq ans, les acheteurs poursuivent l'activité comme activité professionnelle unique, et l'un d'eux en assure la direction effective. Une liquidation judiciaire pendant ces cinq ans ne fait pas perdre l'avantage.

L'abattement ne joue qu'une seule fois entre un même vendeur et un même acheteur.

Le crédit vendeur y est fréquent, car la confiance est déjà là (Bpifrance Création). Reste à changer de casquette : de collègue à patron, la marche est réelle. Les conseillers des CCI et des CMA, joignables depuis Transentreprise, accompagnent aussi les repreneurs.

Exemple fictif : Lydie, plombière à Draguignan

Lydie est salariée en CDI à temps plein depuis six ans dans une SARL de plomberie de quatre salariés. Son patron, qui a créé la société il y a vingt ans, lui écrit en recommandé qu'il veut vendre ses parts et qu'elle peut faire une offre. Elle a un mois. Elle propose 120 000 € pour 100 % des parts, avec six mois d'accompagnement et 40 000 € de crédit vendeur. Si elle dirige l'entreprise cinq ans comme seule activité, l'abattement de 500 000 € peut effacer les droits sur la fraction du prix qui représente le fonds : son notaire ou son avocat le vérifie dans l'acte.

12. La check-list d'audit en 30 points et la lettre d'intention

Cochez chaque point avec le vendeur et vos conseils, et notez ce qui reste à obtenir. La lettre d'intention s'envoie une fois l'audit engagé, avant l'acte. Les deux sont dans le document Word offert avec ce guide.

Check-list d'audit en 30 points

Cible : [nom, activité, adresse] · Rachat : [fonds / parts / actions] · Date de l'audit : [date]

Comptes et activité

1. Bilans et comptes de résultat des 3 derniers exercices · [OK / à revoir]

2. Chiffre d'affaires mois par mois depuis la dernière clôture · [OK / à revoir]

3. Bénéfice corrigé : salaire du dirigeant, loyer, éléments exceptionnels · [OK / à revoir]

4. Dettes fournisseurs, bancaires, fiscales et sociales à jour · [OK / à revoir]

5. Stock compté sur place et matériel listé, avec son état · [OK / à revoir]

6. Créances clients : anciennes, douteuses, litigieuses · [OK / à revoir]

Clients et marché

7. Part des 5 premiers clients dans le chiffre d'affaires · [OK / à revoir]

8. Clients liés personnellement au cédant · [OK / à revoir]

9. Concurrence locale, projets d'urbanisme, périmètre de préemption de la commune · [OK / à revoir]

10. Avis en ligne, réputation, nom commercial et marque disponibles · [OK / à revoir]

Bail et locaux

11. Bail commercial complet, avenants, durée restante · [OK / à revoir]

12. Loyer, indexation, charges et impôts refacturés · [OK / à revoir]

13. Activités autorisées par le bail, compatibles avec mon projet · [OK / à revoir]

14. Clause de cession : accord ou intervention du bailleur, garantie demandée · [OK / à revoir]

15. État des locaux, travaux à prévoir, accessibilité, sécurité, hygiène · [OK / à revoir]

Contrats et autorisations

16. Contrats fournisseurs et clients : durée, exclusivité, changement de contrôle · [OK / à revoir]

17. Crédit-bail, locations de matériel, abonnements et leurs indemnités de sortie · [OK / à revoir]

18. Licences, agréments, qualifications, autorisations administratives transférables · [OK / à revoir]

19. Assurances en cours et sinistres déclarés · [OK / à revoir]

20. Emprunts et sûretés : nantissements, cautions, privilèges inscrits · [OK / à revoir]

Social

21. Liste du personnel : contrats, ancienneté, salaires, convention collective · [OK / à revoir]

22. Congés payés acquis, heures supplémentaires et primes dues à la date de la vente · [OK / à revoir]

23. Contentieux prud'homaux en cours ou menaces de litige · [OK / à revoir]

24. Salariés clés et risque de départ · [OK / à revoir]

25. Preuve de l'information des salariés ou de la consultation du CSE · [OK / à revoir]

Litiges, fiscal, juridique

26. Procès, mises en demeure, réclamations clients en cours · [OK / à revoir]

27. Contrôles fiscaux ou Urssaf récents ou annoncés · [OK / à revoir]

28. Pour des titres : statuts, registre des décisions, comptes courants d'associés · [OK / à revoir]

29. Pour un fonds : inscriptions au greffe (nantissements, privilèges) · [OK / à revoir]

30. Engagements hors bilan : cautions données, garanties promises aux clients · [OK / à revoir]

Points à obtenir avant l'acte : [liste]

Lettre d'intention

[Prénom Nom, adresse, ou dénomination de la société en formation]

À [Prénom Nom du cédant, ou dénomination et représentant de la société cédante], [adresse]

Fait à [ville], le [date]

Objet : lettre d'intention relative à la reprise de [nom de l'entreprise ou du fonds]

Madame, Monsieur,

À la suite de nos échanges et des premiers documents transmis, je vous fais part de mon intention d'acquérir [le fonds de commerce / artisanal exploité à (adresse), comprenant (clientèle, nom commercial, droit au bail, matériel, stock) / (nombre) parts ou actions représentant (…) % du capital de la société (dénomination, RCS)], aux conditions suivantes.

1. Prix. [montant] €, dont […] € pour les éléments incorporels, […] € pour le matériel et […] € pour le stock, évalué contradictoirement le jour de la signature.

2. Paiement. […] € le jour de l'acte ; le solde, […] €, par crédit vendeur payable en [nombre] échéances, au taux de […] %, garanti par [privilège du vendeur / nantissement / caution bancaire].

3. Conditions préalables. La présente intention est subordonnée à : l'obtention de mon financement, soit un prêt de […] € au plus tard le [date] ; un audit satisfaisant des comptes, du bail, des contrats, du personnel et des litiges ; [l'accord du bailleur / l'agrément des associés] si nécessaire ; l'information préalable des salariés ou la consultation du CSE, lorsqu'elle est due.

4. Garanties. [Pour des titres : une garantie d'actif et de passif d'une durée de (…), plafonnée à (…) €, avec une franchise de (…) €, garantie par (…).] [Pour un fonds : le prix sera séquestré entre les mains de (…) jusqu'à l'expiration des délais d'opposition.]

5. Dettes envers les salariés. Les salaires, congés payés acquis et primes dus à la date de la cession seront [réglés par le cédant / déduits du prix].

6. Accompagnement. Vous m'accompagnerez pendant [durée], à raison de [jours par semaine], pour me présenter aux clients et fournisseurs et me transmettre vos savoir-faire, [à titre gracieux / contre (…)].

7. Non-concurrence. Vous vous engagerez à ne pas exercer d'activité concurrente pendant [durée] dans un rayon de [distance].

8. Exclusivité et confidentialité. Jusqu'au [date], vous vous engagez à ne pas négocier la vente avec un tiers. Chacun s'engage à garder confidentielles les informations échangées.

9. Calendrier. Signature de l'acte envisagée au plus tard le [date], entrée en jouissance le [date].

10. Portée. La présente lettre n'engage aucune des parties à conclure la cession, qui ne sera formée que par la signature de l'acte définitif. Seuls les articles 8 et 10 nous engagent l'un et l'autre dès votre contreseing.

Je vous remercie de me retourner un exemplaire contresigné avant le [date] si ces conditions vous conviennent.

[Signature du repreneur] · Bon pour accord sur le principe, [signature du cédant, date]

13. Questions fréquentes

Peut-on racheter une entreprise sans apport ?

Rarement. La banque ne finance pas tout le prix. Le reste vient de votre épargne, de prêts d'honneur, qui renforcent votre apport personnel, et d'un éventuel crédit vendeur.

Faut-il un notaire ou un avocat pour une reprise ?

Pour un fonds, un acte sous signature privée est possible, mais il doit être enregistré avant la publication, et quelqu'un doit tenir le prix sous séquestre pendant les oppositions. Pour des titres, la garantie d'actif et de passif ne s'improvise pas. Un professionnel du droit rédige ou relit l'acte, et votre expert-comptable l'audit.

Le vendeur peut-il refuser l'offre d'un salarié ?

Oui. L'information préalable donne aux salariés la possibilité de présenter une offre, sans priorité sur les autres offres. Le vendeur est libre d'entrer ou non en négociation, et n'a pas à motiver un refus (Service Public Entreprendre).

Reprendre, c'est aussi s'entourer

Les conseillers transmission des CCI et des CMA, les réseaux de prêt d'honneur et votre expert-comptable accompagnent les repreneurs, de la première visite à l'acte. Parler à des chefs d'entreprise qui ont déjà repris une affaire évite souvent les erreurs les plus coûteuses.

Réseau Actif, association loi 1901 à but non lucratif du Pays de Fayence, réunit des entrepreneurs de tous les secteurs pour s'entraider : rompre l'isolement, partager son expérience, apprendre des autres. Ses guides sont gratuits et ouverts à tous, adhérents ou non.

Pour nous rencontrer : reseauactif.fr

Sources. Code de commerce, articles L. 141-2, L. 141-5, L. 141-6, L. 141-12 à L. 141-17, L. 141-23 à L. 141-28, L. 145-16 à L. 145-16-2, L. 23-10-1, L. 23-10-3, L. 23-10-5, L. 23-10-6 et L. 23-10-7, version à jour du 1er octobre 2026 (loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 comprise) ; code général des impôts, articles 674, 719, 723, 732 ter, 1584, 1595, 1595 bis, 1684 et 1712, version à jour du 1er septembre 2026 ; code civil, articles 1112, 1112-1, 1112-2 et 1589, version à jour du 29 juillet 2026 ; code du travail, articles L. 1224-1, L. 1224-2 et L. 2312-1, version à jour du 8 octobre 2026 (codes.droit.org), lus le 16 octobre 2026 · Service Public Entreprendre : « Cession du fonds de commerce à un tiers », vérifiée le 22 juillet 2026, et « Vente de fonds de commerce : la procédure de la loi Hamon évolue », publiée le 23 juillet 2026 · Bpifrance Création : « Reprendre un fonds de commerce (ou artisanal) ou des titres de société, quelles conséquences ? », « Recourir au crédit vendeur pour reprendre une entreprise » (publiée en septembre 2026), « Prêt d'honneur Création-Reprise » (publiée en août 2026) et « La Bourse de la Transmission fait peau neuve » (17 juillet 2026) · transentreprise.com ; pages lues le 16 octobre 2026. Avertissement. Ce guide ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou comptable. Les exemples sont fictifs et les montants indicatifs ; faites rédiger ou relire vos actes par un professionnel du droit. Réseau Actif n'est pas un service de l'administration et ne fournit aucun document officiel. Version. Document établi le 16 octobre 2026 par Réseau Actif.


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